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Sunrise, son capteur de détection de l’apnée du sommeil séduit de plus en plus le marché américain

Laurent et Pierre Martinot
Laurent et Pierre Martinot, fondateurs de Sunrise © Sunrise

Avec son petit capteur qui révolutionne le test du sommeil à domicile, la start-up namuroise Sunrise n’en finit pas de grandir et de se développer à l’international, en particulier aux Etats-Unis. Elle vient de procéder à une nouvelle levée de fonds et sa clinique digitale est déjà l’une des plus grandes cliniques du sommeil aux USA.

Par Jacqueline Remits

Technologie unique

Le sommeil est essentiel à la santé. Pourtant, 30% de la population dit mal dormir et 5% seulement se fait actuellement traiter. Souvent en cause, l’apnée du sommeil. Un grand mal du siècle. « Près d’un homme sur deux et une femme sur quatre en souffrent après 40 ans », précise Laurent Martinot, cofondateur et CEO de Sunrise. « Il touche environ un milliard de personnes dans le monde, avec une prévalence croissante due à l’obésité et au vieillissement de la population. Cette affection marquée par des arrêts respiratoires nocturnes peut entraîner fatigue chronique, hypertension, maladies cardiovasculaires et accidents de la route liés à la somnolence ». Mais comment deux frères, Laurent et Pierre Martinot, ont-ils décidé un jour d’avoir pour cœur de métier la détection de l’apnée du sommeil ? « Mon frère et moi sommes nés dans une famille de médecins, avec notre mère ophtalmologue et notre père pneumologue », répond Laurent Martinot. « Il mesurait le sommeil de ses patients et nous rappelait souvent ces trois piliers : manger, bouger et dormir ». Après des études de droit et d’entrepreneuriat à l’UCLouvain et en droit des affaires à New York, Laurent travaille d’abord dans un cabinet d’affaires à Bruxelles, puis rejoint l’entreprise familiale wallonne de dispositifs de son oncle. Le rachat de la société par un groupe américain lui permet d’assister à des conseils d’administration. « Après deux ans, je me sentais prêt à entreprendre. Et je savais que j’avais envie de le faire avec mon frère Pierre, polytechnicien de l’ULB. Le sujet sommeil a toujours été autour de nous, notre père en parlait souvent. Nous voulions rester dans ce domaine ». Et c’est ainsi que cette success-story a commencé.

Un petit capteur révolutionnaire

Sachant que 80% des personnes souffrant d’apnée du sommeil ne sont pas diagnostiquées, Laurent et Pierre Martinot ont l’idée d’un petit capteur à poser sur le menton. Une révolution pour le test du sommeil à domicile. « Les recherches ont démontré une corrélation entre les troubles respiratoires du sommeil et les mouvements mesurés au niveau du menton ». Ils travaillent en collaboration avec leur père et des centres de recherche universitaires. La société Sunrise est fondée en 2015. Après dix ans de recherche, un capteur utilisant les dernières technologies est prêt pour un diagnostic simple et fiable.

Les Etats-Unis d’abord

Jusqu’à présent, la start-up namuroise s’est principalement développée aux Etats-Unis. « Il y avait là, comme en Europe, d’énormes besoins en matière de traitement du sommeil. Faciliter le diagnostic grâce à notre petit capteur était déjà un grand pas en avant. Mais le mieux était de proposer une solution entièrement digitale avec la télémédecine et de créer une clinique digitale avec des médecins qui voient les patients à distance. La médecine du sommeil est l’une des rares disciplines en médecine

où l’on réalise un meilleur travail à la maison qu’à l’hôpital ». Sunrise a l’opportunité de racheter une clinique virtuelle du sommeil dans la Silicon Valley, en Californie. « On a repris la structure existante, la structure juridique, les contrats et, pendant une année, on a redéveloppé les softwares qui permettaient de communiquer avec le patient et le médecin ». En avril 2023, Laurent Martinot s’installe avec sa femme et leurs deux jeunes enfants à Miami. « Nous voulions être sur la côte est car je travaille encore une partie de mon temps avec l’Europe, en majorité avec l’équipe basée en Belgique, mais aussi avec la France ».

Comment la start-up namuroise se fait-elle connaître aux Etats-Unis ? « Le patient nous trouve en ligne en recherchant une clinique du sommeil. Des commerciaux se rendent sur le terrain rencontrer les généralistes, les ORL, les cardiologues. Aujourd’hui, ceux-ci n’ont pas d’alternative pour répondre aux besoins de l’apnée du sommeil. Notre solution va pouvoir les aider. On travaille également avec des partenaires qui ont mis au point une application pour proposer à certains dormeurs d’aller consulter un médecin ». A l’intention des médecins, Sunrise a réalisé des résumés de consultations automatisés. « En médecine du sommeil, certains patients, peu suivis, ne sont pas toujours rigoureux dans leur traitement. Nous automatisons ce suivi avec des outils. Toute modification entraîne des alertes chez nos techniciens qui vont alors, de manière proactive, aller voir ces patients grâce à notre monitoring automatisé constant ». Ont-ils recours à l’intelligence artificielle ? « Comme on compte des milliers de patients dans notre clinique, rien n’est possible sans l’IA. Nous allons beaucoup miser sur elle, beaucoup investir dans les mois et les années à venir ».

Grand succès pour sa clinique digitale

Aujourd’hui, les Etats-Unis représentent plus de 85% du chiffre d’affaires de Sunrise. « À présent, notre clinique digitale opère dans les 50 Etats américains et nous grandissons rapidement. Elle remporte un grand succès. Nous comptons désormais plus de 25 spécialistes du sommeil employés à temps plein par la clinique digitale Dreem Health, ce qui fait de nous l’une des plus grandes cliniques du sommeil aux USA. On compte une bonne quarantaine de personnes qui travaillent pour nous aux Etats-Unis. On se déploie de plus en plus géographiquement ». Quel impact ont les taxes douanières imposées par le Président Trump ? « Comme nous sommes fabricants du dispositif en Belgique et qu’il est vendu principalement à travers notre filiale américaine, nous sommes un peu moins exposés aux taxes douanières. Nos prix sont presque coûtants, ce sont des prix de transfert. Pour nous, ce n’est pas une préoccupation majeure ».

Une étude positive en France, plus gros marché en Europe

Outre aux Etats-Unis, Sunrise est présente au Royaume-Uni, en France avec des bureaux à Paris et, bien sûr, en Belgique où la start-up compte plusieurs partenariats avec certains centres universitaires. « En France où on a réalisé une très longue étude, il existe un trajet accéléré de remboursement. Quand les autorités françaises constatent qu’il existe un besoin dans leur système de soins, elles rencontrent les industriels et ils se mettent d’accord sur le niveau de preuves cliniques déjà présentes, les données manquantes et un protocole pour valider définitivement la technologie ». En conséquence, les autorités françaises ont cofinancé une étude portant sur 848 patients dans 18 centres, un essai randomisé contrôlé, le plus haut niveau de preuves. Elle s’est conclue de manière positive. « On a constaté qu’on accélérait le diagnostic sans dégrader la prise en charge des patients ». Un moment charnière pour l’entreprise. « On échange avec les autorités françaises pour mettre en place un remboursement sur le marché français, de loin le plus gros marché en Europe ».

Et en Belgique ? « Notre pays oblige à réaliser un test à l’hôpital et, pour la nuit de contrôle, une mise sous traitement avec le fameux masque. Cela crée des contraintes logistiques. Mais les lignes sont en train de bouger. En général en Belgique, notre capteur est plutôt utilisé en amont, comme indication pour confirmer qu’il y a bien apnée du sommeil ».

Sunrise emploie actuellement près de 75 personnes au total. « Ce chiffre va continuer de grimper, on ne sera pas loin d’une centaine de personnes fin de cette année. On recherche continuellement de nouveaux talents, médecins, commerciaux, ingénieurs, développeurs, tant en Belgique, qu’en France et aux Etats-Unis ».

Un financement d’Amazon et une nouvelle levée de fonds

Un tel développement ne peut évidemment se faire sans financements. Sunrise clôture fin septembre une nouvelle levée de fonds avec de nouveaux investisseurs. « Ce financement servira principalement à accélérer le développement de la clinique digitale, ainsi que la croissance globale de l’entreprise », précise Laurent Martinot. En mars 2023, l’entreprise namuroise avait annoncé un financement avec le fonds d’investissement Alexa d’Amazon pour 5,5 millions d’euros. « Une étape importante pour notre petite entreprise, le marché américain étant le plus important au monde dans le domaine de la santé ». En novembre de la même année, c’était au tour d’UI-Investissement, fonds français spécialisé dans la santé, et celle, exceptionnelle, d’EIC Fund, le prestigieux programme deeptech de la Commission européenne. Soit un total de 17,5 millions d’euros de financement en 2023. Sans parler des investisseurs historiques. Né d’une passion familiale, ce petit capteur a de beaux jours devant lui.

Sunrise capteur 1
Sunrise capteur 2