Avec ses panneaux solaires compacts conçus en Wallonie et testés jusqu’aux confins du Groenland, Sunslice s’impose comme un acteur clé de l’énergie nomade. L’entreprise, fondée par deux jeunes ingénieurs de l’UCLouvain, s’est littéralement fait une place au soleil sur un marché dominé par les géants américains.
Par Rodolphe Masuy
Née dans les auditoires de l’UCLouvain, Sunslice s’impose aujourd’hui comme une référence européenne dans les solutions d’énergie solaire portables. À la tête de cette jeune entreprise wallonne, Henri Gernaey et son associé Geoffroy Ghion incarnent une génération d’ingénieurs entrepreneurs animés par une ambition simple et forte : apporter de l’énergie partout.
« Pendant nos études d’ingénieur civil à l’UCL, nous avons participé au programme StarTech, soutenu par la Région wallonne », se souvient Henri Gernaey. « C’était une initiative de sensibilisation à l’entrepreneuriat. C’est un peu grâce à ça qu’on s’est lancés dans un petit projet solaire, à l’époque très libre, avec peu de contraintes ».
De ce premier défi naît une véritable vocation. Le jeune ingénieur poursuit le projet après la présentation finale et entraîne dans l’aventure son camarade Geoffroy Ghion. Ensemble, ils participent à plusieurs concours universitaires et remportent deux prix, un signal fort qui les encourage à franchir le pas. « À ce moment-là, on s’est dit : pourquoi ne pas tenter l’expérience et créer une société ? ».
C’est ainsi qu’en 2017, à peine leurs mémoires remis, les deux amis fondent Sunslice. Leur première idée consiste à concevoir un chargeur solaire au format portefeuille, ultra-portable, destiné aux aventuriers modernes. Une campagne de financement participatif sur Kickstarter attire l’attention de plus de 400 acheteurs potentiels, sans atteindre toutefois l’objectif financier. « Cela n’a pas découragé Wing, qui a cru en nous et nous a accordé un premier prêt convertible. C’est comme ça que la machine s’est mise en route, petit à petit », raconte Henri Gernaey.
UNE CROISSANCE MAÎTRISÉE ET DES AMBITIONS CLAIRES
Depuis ses débuts, la société a élargi sa gamme, passant du chargeur de poche à des solutions solaires plus puissantes. « Nous nous adressons aux randonneurs, aux cyclistes, aux nomades numériques, mais aussi à des organisations humanitaires ou militaires ». Sunslice développe aujourd’hui des produits capables d’alimenter des ordinateurs portables, des équipements de vans aménagés ou encore des sites isolés.
Leur mantra résume bien leur philosophie : « Sunslice, Energy Anywhere ». « Nous essayons de proposer des solutions adaptées à tous les usages, toujours avec la même idée : fournir de l’énergie partout », précise le cofondateur. Cette ligne directrice s’accompagne d’un modèle de croissance volontairement mesuré. « Nous n’avons pas levé beaucoup de fonds. Notre progression n’a pas été fulgurante, mais elle est stable, constante et à taille humaine. C’est ce que nous préférons : garder les pieds sur terre et savoir où nous allons ».
Aujourd’hui, l’entreprise compte cinq personnes, dont trois collaborateurs à temps plein, et réalise un chiffre d’affaires d’environ un million d’euros. Une performance honorable pour une start-up autofinancée, qui a préféré la solidité à la précipitation.
DE LA WALLONIE AUX CONFINS DU GLOBE
Basée à Louvain-la-Neuve, Sunslice conçoit l’ensemble de ses produits en Belgique. La fabrication est assurée principalement en Chine, tandis que la Tunisie accueille une partie de la production manuelle, notamment pour le cuir et la couture. Le stockage et la logistique restent ancrés en Belgique, d’où partent les expéditions vers le monde entier.
La clientèle reflète cette diversité : cyclistes, militaires, randonneurs, cinéastes ou simples voyageurs en quête d’autonomie énergétique. Certains cas d’usage sortent de l’ordinaire, à commencer par la mission polaire de l’IMAQA, menée au Groenland. « Leur environnement de travail illustre parfaitement la robustesse de nos produits. Dans leur film, on voit nos panneaux solaires couverts de vingt centimètres de neige, parfois sous des tempêtes de glace. C’est un cas d’usage extrême, et ça fonctionne très bien », souligne l’ingénieur. Cette expédition scientifique, menée avec un consortium international, visait à mieux comprendre les mécanismes du changement climatique. Sunslice y voyait aussi une manière concrète de valider sa technologie. « L’idée était de prouver que notre système pouvait tenir le coup, recharger tout type d’appareil et rester performant dans un environnement où l’énergie est rare et précieuse ».
SATELLITES PORTABLES
La guerre en Ukraine a également provoqué un pic de la demande, porté par la crainte de coupures d’électricité. « Nos générateurs électriques portables et nos panneaux solaires ont alors connu un vrai succès », reconnaît le dirigeant. Cette situation a renforcé l’intérêt du public pour les solutions d’énergie autonome et incité Sunslice à accélérer ses développements.
Aujourd’hui, la start-up explore un nouveau domaine, celui des télécommunications. « Nous travaillons sur des solutions combinant énergie et connectivité, avec des antennes satellites portables de type Starlink destinées aux organisations humanitaires ou gouvernementales ».
Parmi ses partenaires, Sunslice peut déjà citer Décathlon, ainsi que plusieurs grandes chaînes de distribution suisses comme Transa, spécialisée dans l’outdoor et l’aventure. « Nous avons aussi plusieurs projets en cours avec de grands distributeurs européens du secteur outdoor », ajoute Henri Gernaey. L’Europe demeure le principal marché de la société, la France occupant la première place. Mais la marque a déjà conquis d’autres horizons : États-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande. « Ces marchés sont plus éloignés, donc nous ne les stimulons pas énormément, mais ils sont prometteurs », précise le cofondateur.
DE L’INNOVATION À LA RECONNAISSANCE
Fidèle à son ADN d’ingénieurs, Sunslice investit massivement dans la recherche et le développement. « Nous ne sommes pas une simple société de revente de modules existants. Nous consacrons beaucoup de temps à la recherche technique, au développement et à l’amélioration continue de nos produits ».
Lorsque l’entreprise s’est lancée en 2017, le marché est déjà occupé par de grands noms. « À l’époque, le numéro un s’appelait Goal Zero, une société américaine que nous regardions comme un modèle à atteindre. Aujourd’hui, c’est assez symbolique : nous remplaçons leurs produits dans les rayons, où ils ont quitté le marché européen ». Une belle consécration pour la pousse belge. « Les grands concurrents que nous observions à nos débuts, nous avons progressivement réussi à les rattraper et même à les remplacer. C’est une vraie fierté d’avoir atteint le niveau de ceux que nous prenions pour modèles au départ ».
En quelques années, Sunslice s’est fait une place au soleil, au sens propre comme au figuré. Partie d’un simple projet d’étudiants, la start-up wallonne a prouvé qu’innovation, rigueur et persévérance peuvent mener loin. Jusque dans les zones les plus reculées du globe.


